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AUGUST COELESTIN JUST |
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> Novalis vu par ses contemporains > Bad Tennstedt AUGUST COELESTIN JUST (1750-1822)
"Né le 2 mai 1772 à Wiederstedt, domaine familial situé dans le comté de
Mansfeld, il ne se distingua absolument pas durant ses premières années.
Il était maladif, son esprit sommeillait aussi. Sa sœur, qui n’avait
qu’un an de plus que lui, avec qui il fut éduqué, et qu’il aimait d’une
intime affection, comme ses deux frères venus après lui, apprit
intentionnellement les éléments des sciences pour l’encourager à
apprendre par amour en sa compagnie. Et la chose réussit. L’esprit de
piété qui régnait dans la maison familiale eut sur lui de bonne heure
une influence importante, quoiqu’il n’ait fait sentir son plein effet
que dans les dernières années de sa vie. Son père, infatigablement
actif, qu’un affairement incessant pousse toujours à l’ouvrage, et pour
qui les devoirs de sa profession et ceux de la charité sont plus sacrés
que tout, ne fut pas en mesure de se charger lui-même de l’éducation de
son premier-né, en raison de ses multiples affaires, qui pour une part
l’obligeaient à voyager. Ce que sa mère, dont la disposition pieuse
était en accord avec celle de son père, et à laquelle notre Friedrich
tenait d’un amour enfantin, avait commencé elle-même et avec l’aide de
sa fille aînée dès les premières années de son enfance, des précepteurs
allaient désormais le poursuivre et le parachever. À partir de neuf ans,
après qu’il eut surmonté une grave maladie, son esprit s’éveilla ; il
progressa alors à très grands pas en langues anciennes et en histoire ;
les poésies et les contes étaient son divertissement favori, et ses
trois frères et sœurs les plus âgés ses seules fréquentations.
D’orientation et d’idées, ses parents étaient amis des Frères moraves,
et s’en trouvaient bien et heureux. Fallait-il leur faire grief de
vouloir transmettre ce bien à leurs enfants ? Avec leur fille aînée, leur
vœu fut accompli ; il n’en fut pas de même à l’époque avec leur fils
aîné. Ce dernier devait être instruit des principes de la religion
chrétienne par le prédicateur de Neudietendorf – colonie des Frères
moraves située entre Erfurt et Gotha. Son âme enfantine, son sens
esthétique et aussi sa piété sans doute y eussent trouvé leur compte.
Mais comment son esprit désormais éveillé, cherchant à s’élever et à
conquérir et l’autonomie et la science, pouvait-il se laisser enfermer
dans les limites étroites que la foi impose ici à la recherche et au
savoir. "La cordialité était un constituant principal de son caractère. Tout son être en était si intimement pénétré que prétendre le connaître sans elle est une chose absolument impossible. C'est elle qui avant tout conférait leur valeur à son imagination et à sa raison, et à lui-même son individualité. Mais si son imagination était, selon sa propre expression, une imagination cordiale, sa cordialité était aussi une cordialité raisonnable. Elle parle encore dans ses écrits et dans ses lettres. Elle se révélait particulièrement dans sa religion, dans son attachement intime à ses parents, ses frères et sœurs, sa bien-aimée, ses amis, et dans le goût qu'il trouvait au bonheur domestique et aux joies discrètes du commerce amical ; et en cela il était si totalement dépourvu de présomption et de prétention qu'à cet égard aussi il semblait fait pour l'amour et l'amitié. En compagnie de ses amis ou dans des sociétés nombreuses et mélangées, il restait souvent silencieux durant des heures, observant cependant attentivement ce qui se passait autour de lui ; mais il était d'autant plus disert dans un cercle familier. Pouvoir dire tout ce qu'il avait à dire était chez lui un besoin. On pouvait l'écouter des soirées entières, et on ne se lassait pas de l'entendre ; car il savait donner de l'intérêt aux sujets les plus communs. Et comme ses amis pouvaient voir la richesse de son imagination, l'acuité de sa raison, la chaleur intime de sa cordialité! Il supportait volontiers la contradiction et ne s'en irritait jamais. Mais une fois qu'il avait avancé une thèse paradoxale, il ne l'abandonnait pas et faisait même le sophiste à l'occasion. Sa silhouette était longue, bien bâtie, maigre ; son regard portait la marque de l'esprit, sa bouche celle de l'amabilité. Son extérieur était simple et sans artifice, toute forme d'apprêt lui paraissait contre-nature. - Comme il le disait lui-même, il aimait vivre au pays des sens, pas au pays de la sensualité ; car son sens intérieur commandait à son aspect extérieur. Et c'est ainsi qu'il se créa dans le monde visible un monde invisible. C'était là le pays dont il avait la nostalgie. C'est là qu'il est retourné, ayant atteint tôt son achèvement." |